Évaluer l’intervention

Cette phase comprend essentiellement des opérations de segmentation, de classement, de regroupement, de comparaison, etc., de chacune des informations recueillies afin d’en trouver le sens et de dégager des conclusions. L’objectif de cette phase est donc de traiter les informations recueillies pendant la réalisation de votre intervention pour les présenter et en dégager des interprétations, des évaluations et des conclusions.

L’identification des données à traiter

En principe, tout ce qui a été recueilli, autant les données provenant des participants que les notes que vous avez prises, constitue des sources d’informations pertinentes à soumettre à l’analyse. Dans plusieurs cas, ces informations doivent être transcrites dans une forme qui permet de les traiter facilement : on peut penser, par exemple, à la saisie du contenu d’entrevues ou des réponses à des questions ouvertes à un questionnaire ou encore de vos notes personnelles.

Lorsqu’on a donné aux informations une forme qui les rend faciles à traiter, il faut habituellement procéder à une codification si l’on veut obtenir des données quantitatives, ou une catégorisation pour des données qualitatives.

La codification permet de déterminer des nombres d’occurrences ou des scores obtenus. Ce sont habituellement des opérations relativement simples et mathématiques. Il peut arriver cependant qu’il soit nécessaire de bien préciser ce qu’on entend par une occurrence pour arriver à l’identifier à tous les endroits où elle sera présente. Au sujet des scores de performances, on ne doit pas oublier que plusieurs éléments d’un test ou d’un questionnaire exigent une évaluation du correcteur et donc un jugement. Il importe aussi d’être très précis dans les corrigés de sorte qu’on minimise les interprétations, en sachant toutefois que cela est à peu près impossible.

La catégorisation consiste à classer les énoncés provenant du matériel obtenu dans des thèmes, des sujets, des notions, des types d’objets, etc. (des catégories). De manière générale, la catégorisation suppose une segmentation préalable de l’information en unités identiques (ce peut être le mot, la proposition, la phrase) et la détermination des catégories. Cette dernière opération peut se réaliser grâce à l’identification des catégories existantes qu’on a repérées dans les écrits ou issues du cadre de référence ou de manière empirique, au fur et à mesure de la lecture des informations recueillies. La catégorisation peut aussi donner lieu à des analyses quantitatives lorsque l’on considère la fréquence d’occurrences d’un énoncé, d’un thème ou d’une catégorie. Vous pouvez trouver dans les volumes traitant de la recherche qualitative, différentes méthodes d’analyse de contenu. Certaines méthodes d’analyse du discours peuvent aussi être utilisées avant une codification ou une catégorisation11. L’analyse du discours vise à trouver le sens d’un ensemble d’informations (un texte ou une entrevue par exemple) en utilisant des méthodes plus ou moins fines d’analyse de contenu. On peut analyser un discours d’un point de vue propositionnel (relation entre chacun des mots) ou de manière globale en essayant de retracer sa structure ou son organisation. Aujourd’hui, il existe aussi sur le marché des logiciels d’analyse de contenu; en fait, ce sont des outils facilitant certaines opérations répétitives d’analyse de contenu, car c’est toujours l’intervenant qui doit prendre les décisions importantes dans ce type d’analyse.

11J.-M. Van der Maren, 1999, La recherche appliquée en éducation, Bruxelles, De Boeck. Voir en particulier le chapitre 9.

Pour des suggestions de logiciels d’analyse de contenu, consultez : Karsenti, T. et Lorraine Savoie-Zajc (2011). La recherche en éducation : étapes et approches, 3è éd., St-Laurent, Québec, ERPI, p. 293-296

L’analyse des données

L’analyse des données consiste à identifier, parmi la variété de données présentées, celles qui sont significatives à la lumière des objectifs de l’intervention et à établir des relations entre elles. Cette analyse est à la base de l’interprétation ou de la discussion des résultats.

Deux types de données font l’objet d’analyse. Pour les données quantitatives, il faut procéder à des analyses statistiques qui peuvent être très simples (moyennes, fréquences, etc.) ou plus complexes (analyse de variance). On peut trouver dans les volumes d’analyses quantitatives, les théories et les procédures d’analyses. Pour les données qualitatives, l’analyse renvoie davantage au sens que l’on peut donner aux différentes catégories retenues et à leur relation. L’analyse permet de dégager les éléments importants issus des données, celles sur lesquelles porteront les interprétations ou les évaluations.

Une fois les données analysées, il faut les présenter avant de les interpréter. La présentation des données consiste à les organiser selon un ordre qui en facilitera l’analyse. Cet ordre est généralement en lien avec les questions auxquelles la recherche tente de répondre ou les objectifs que cette étude permettra d’atteindre. Il existe deux formes de présentation des données utiles : le tableau et le graphique. Le tableau présente généralement un ensemble de distribution de fréquences indiquant la valeur dans chaque classe, le nombre de classes, le pourcentage des sujets dans chaque classe, le pourcentage cumulé. Le graphique présente les informations sous une forme simple et attrayante. La simplicité facilite la transmission de l’information. L’histogramme est constitué d’une série de rectangles contigus, alors que le polygone se construit en traçant une ligne qui part de l’abscisse à la valeur 0 (à gauche), rejoint le milieu de chaque rectangle (catégorie) et se termine à l’abscisse de la valeur supérieure 100 (à droite).

Exemple

L’analyse des données recueillies devrait fournir :

  • une description des répondants, soit les parents et les personnels d’une école donnée;
  • une description de l’environnement informatique dont les parents disposent à la maison;
  • la liste des difficultés éprouvées par les enfants lors de leur travail scolaire à la maison, notamment les difficultés concernant la confiance en soi, le stress, la motivation, l’attention et la concentration, etc.;
  • la liste des difficultés éprouvées par les parents lors de leur intervention;
  • la liste des moyens utilisés par les parents pour résoudre les difficultés de leurs enfants;
  • les outils proposés par les personnels de l’école pour soutenir les parents dans les travaux scolaires de leurs enfants à la maison.

L’interprétation ou la discussion

L’interprétation ou la discussion (nous considérons ces termes équivalents ici) en recherche désigne la réflexion qu’il faut faire sur ses résultats à partir de la problématique et du cadre de référence. Elle consiste donc à donner un sens particulier aux résultats qui ont été observés en recherche. On y retrouve habituellement quatre éléments :

  • les éléments nouveaux spécifiques de l’intervention,
  • les éléments déjà observés,
  • la signification théorique et pratique des éléments dégagés (portée),
  • les éléments intéressants à poursuivre (prospective).

Les éléments nouveaux spécifiques de l’intervention

Cette activité répond essentiellement à la question suivante : quels éléments spécifiques nouveaux (non retrouvés dans les écrits et les pratiques) peut-on dégager des résultats de l’intervention? Ces éléments doivent évidemment être mis en relation avec les objectifs visés, le problème en contexte et le cadre de référence.

Exemple

Un élément nouveau a émergé du sondage : les difficultés éprouvées sur le plan technologique par les parents pour le soutien des travaux scolaires à la maison.

Les éléments déjà observés

Certaines observations de l’intervention fournissent souvent des conclusions qui ont déjà été dégagées d’expériences antérieures. Ces éléments peuvent être identiques à ce qu’on a déjà observé, alors que d’autres peuvent contredire complètement ce que l’on a déjà obtenu. Il est donc toujours intéressant d’expliquer ces ressemblances ou ces différences, en particulier lorsqu’on est en présence de résultats contradictoires.

Exemple

En lien avec plusieurs sondages recensés, les parents ont fait ressortir la plupart des difficultés qu’ils éprouvent à aider leurs enfants à faire leur travail scolaire. Ils nous ont toutefois permis de relever de nouvelles difficultés liées à l’utilisation de technologies qui leur sont peu familières. Le degré de motivation des enfants à terminer leurs travaux scolaires à la maison est représentatif de la population étudiée dans les écoles québécoises.

La signification pratique des éléments dégagés (portée)

La signification pratique renvoie essentiellement à la portée des résultats. La réflexion doit porter sur les applications pratiques des résultats, soit dans le domaine et la thématique retenus, soit dans d’autres domaines ou d’autres thématiques.

Exemple

Les résultats de l’intervention permettront à l’école de reconsidérer sa méthode de diffusion (à distance et en ligne) des outils aux parents sur le maintien de la motivation, l’aide aux devoirs, la gestion du stress (celui des parents et celui des élèves), etc. De plus, l’école examinera la faisabilité d’offrir aux parents une formation aux technologies utilisées par leurs enfants et à celles requises pour utiliser les outils offerts en ligne ou à distance.

Les éléments intéressants à poursuivre (prospective)

Toute intervention offre habituellement des pistes qui permettent de poursuivre le travail réalisé. Ces pistes peuvent être très diversifiées, par exemple : suggérer des modifications aux actions réalisées, proposer des aspects traités à approfondir ou des aspects nouveaux à explorer.

Exemple

Faisant suite aux résultats de l’intervention, l’approche privilégiée (à distance et en ligne) pour rejoindre les parents devra faire l’objet d’une analyse plus poussée, afin que l’école s’assure que les parents puissent en bénéficier et que la méconnaissance technologique des parents ne soit pas un frein à l’utilisation de ces outils.

Cette interprétation se réalise à partir des données, présentées sous plusieurs formes et notamment sous celles de statistiques qui génèrent des informations, lesquelles doivent être interprétées sous forme d’hypothèses. Van der Maren ressort la définition du Petit Robert selon laquelle le sens courant de l’interprétation est soit l’explication, la mancie (comme cartomancie ou chiromancie) ou, encore, l’exécution à la manière d’une œuvre.

Ce qu’il faut surtout comprendre de l’interprétation des données, c’est que les diverses informations découlant de la collecte préalable doivent être mises en relation pour « créer du sens ». On peut donc dire que l’intervenant réduira l’ensemble des informations en un ensemble généralisable, c’est-à-dire sur lequel on peut créer des manipulations.

Van der Maren12 mentionne deux moments dans l’interprétation : avant le traitement des données, c’est-à-dire au moment où le chercheur devra comprendre les consignes et les questions formulées et où elles devraient mener, et après le traitement, quand on veut formuler des hypothèses pouvant mener à un changement et à différentes catégorisations, par exemple. Encore ici, la révision de la documentation pertinente peut être très utile13.

12Jean-Marie Van der Maren, Méthodes de recherche pour l’éducation, édition 1996, p. 460.

  • 13Jean-Marie Van der Maren, La recherche appliquée en pédagogie. Des modèles pour l’enseignement, édition 2003.
  • A. Michael Huberman, Matthew B. Miles, Analyse des données qualitatives, édition 2003.
  • Michelle Lessard-Hébert, Gabriel Goyette, Gérald Boutin, La recherche qualitative : fondements et pratiques.

La recension des écrits est encore une fois une source importante pour faciliter la rédaction de l’interprétation des résultats. N’hésitez pas à identifier les auteurs qui soutiennent votre réflexion ou ceux qui ont des résultats différents de ceux que vous avez obtenus.

En résumé

Évaluer l’intervention :

  1. identifier toutes les informations qui seront traitées :

    • transcrire les données dans une forme facile à traiter;
    • codifier les données;
    • catégoriser les données;
  2. analyser les données :

    • présenter les données quantitatives : analyses statistiques (moyennes, fréquences, etc.) ou (analyse de variance);
    • présenter les données qualitatives : sens à donner aux catégories retenues et à leur relation;
  3. interpréter ou discuter les résultats :

    • identifier les éléments nouveaux spécifiques du projet;
    • dégager les éléments déjà observés;
    • établir la signification théorique et pratique des éléments dégagés (portée);
    • recommander les éléments intéressants à poursuivre (prospective).

Outil méthodologique à consulter à la section Outils méthodologiques

Visualisation Évaluer l’intervention
Visualisation : Évaluer l’intervention.